Froid-chaud
Cette semaine ça a été Fargo puis Goretti
grande neige puis grand vent
tu as multiplié les couches pour faire rempart au froid glacial
tu as arpenté les sentiers et le silence
perdant toute notion du temps
lorsque l’électricité a disparu pendant de longues heures
tu as arpenté l’obscurité
Tout cela mis bout à bout a fait contre-poids au reste : la première semaine des rayons.
Chaque jour, tu y es allée et dans ton sac tu as glissé Respire de Marielle Macé. Tu l’emportes comme tu porterais un talisman au poignet. Là-bas tout doit aller vite : à l’heure dite, entrer dans la cabine, se mettre torse nu, rejoindre la machine aux quatre bras dans un éclairage blafard, s’allonger, ne plus bouger, fixer la ligne blanche de ta respiration sur l’écran (inspiration, elle monte jusqu’à la ligne verte, expiration, elle descend ). Et chaque jour les mêmes injonctions : gonflez, bloquez (les quatre bras tournent autour de toi), respirez. Mais pendant l’apnée, tu fermes les yeux et tu t’échappes : loin du bruit assourdissant, tu glisses au fond d’un bassin de 50 m et tu nages jusqu’à l’autre bout, luminosité bleutée et silence aquatique.
Demain et tous les jours qui suivront, tu perfectionneras ton rituel et continueras de faire la nique au radiothérapeute qui n’autorise pas la natation pendant les rayons.


