Instants

Point de suspension

(…) : code typographique soulignant une coupe dans un texte ou une longue ellipse dans un blog. Sans les parenthèses, signe dans un dialogue qu’on vous coupe la parole.

– Sinon, comment s’est passé ton 14 juillet ?
Je me suis sentie toute proche d’être heureuse. À peine le pied au sol, j’ai arrosé mon potager, encourageant chaque plante à persévérer malgré la canicule. Promis, des jours meilleurs vont arriver. Le premier café, je l’ai bu, entre la rhubarbe et le pied de potimarron, assise sur la chaise bistrot acquise cette semaine pour deux euros et six centimes, à la ressourcerie. J’avais prévu de lui trouver une place dans ma salle mais les pieds sont vermoulus. À ce qu’il paraît, les xylophages détestent les fortes températures. Confortablement installée, j’ai largement insulté les altises qui s’acharnent à bouffer mes choux et mes capucines : (…) Le deuxième café, je l’ai mis dans un thermos et suis partie marcher en bord de Seine, avec passage au jardin de Marguerite pour couper de la menthe, du basilic, du pourpier sauvage et du romarin.
Quand la chaleur a sonné l’heure de chercher l’ombre, je suis allée jusqu’à mes iles indigo. J’en connaissais encore le chemin.
Oui, je me suis sentie toute proche d’être heureuse aujourd’hui…
– M’enfin, ce jour n’est pas un jour comme les autres, c’est celui de la fête nationale !
– …il ne m’a manqué presque rien pour y parvenir : un peu plus de calme en lieu et place du ramdam des patrouilles survolant la Seine direction Paris et du boucan des discours politiques faisant feu de tous les artifices et de tout bois ( et brûlent la forêt de Fontainebleau et le massif de Justin à Die ), un peu plus d’espoir en des jours radicalement différents où ne défilerait plus une armée mais les pacifistes, les humanistes, les écologistes et les féministes, un peu plus de courage pour arracher le papier peint des années trente, un peu plus d’utopie pour inventer un demain qui ne sonne pas le glas comme hier…
– Sinon tu regardes la demi-finale de foot ce soir, France-Espagne ?
-… un peu moins de paroles prévisibles, un peu plus de suspens.

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