• Instants

    Aller à la clim’

    À la limite de la nuit, tu descends marcher. Le monde vient tout juste de s’éveiller. À ta gauche, la lune, à ta droite, la naissance d’une lueur. Tu vas d’un bon pas. Tu croises un pouillot véloce et un camion-poubelle. Il collecte tout le recyclable de vies insouciantes.Quand tu remontes sur ta colline, tu fais la course avec le soleil qui se lève. Il va taper fort aujourd’hui. Tu ne veux plus l’uppercut, tu aspires à préserver la douceur réapparue.Tu songes que plus tard tu iras à la clim’. Tu tiens cette expression de ta grand-mère qui, les jours de grande chaleur au bord de la Méditerranée, disait malicieusement…

  • Instants,  La classe !

    8.8

    Depuis toujours, tu aimes les chiffres. Gamine, tu les visualisais dans ton esprit, en fermant les yeux intensément, pour réussir un exercice de calcul mental. Il ne fallait en lâcher aucun, ne pas les laisser déborder, les contenir, les faire valser rapidement. Y parvenir, c’était dénouer un noeud sans les mains. Tu te souviens du jour où un collègue de maths te dit au détour d’une clope que le mot chiffre vient de l’arabe sifr « le vide » et de celui où tu découvres l’OuLiPo. Vendredi dernier était un 8 août. C’est la première fois que tu regardes cette date. La veille, tu es montée à l’arbre parce que dix mois…

  • Instants

    Plus tard…

    Depuis deux jours, à ton réveil, les nausées sont làtu n’as pas envie de descendre te faire couler un café et te griller une tartinetu restes allongéeattendant qu’elles partent par le velux ouvert sur le jour qui se lèvepour mieux les ignorer tu lisBrouillard mais ça se dissipera d’Albane Gellé« pendant que des amis / viennent / et nous aiment / et nous accrochent / des parachutes sur le doson ne veut rien / entendre / mais ils insistent / la vie insiste »Plus loin qu’ailleurs de Chaboutéil te ressemble ce gardien de nuit : il voulait la grande aventure en Alaska mais sa jambe dans le plâtre l’invite à s’asseoir sur…

  • Instants

    Et de douze !

    Un deux troiste reste encore neuf foisquatre cinq sixtu poursuis le synopsissept tu es en mietteshuit et neuftu te bluffesdix onze douzetu finis pépouze Tes globules et tes plaquettes sont toujours là, tes jambes aussi qui t’ont portée à vélo ou à pied et les jours où tu aurais bien aimé tout arrêter pour retrouver ta vie d’avant. Douze chimios traversées vaillamment avec ta garde rapprochée. Tu n’espérais pas le tapis rouge ou la ola du personnel aligné dans l’étroit couloir, des douzième fois il en traverse tous les jours. Mais quand même… Au lieu de cela, tu as rendez-vous avec une oncologue junior. C’est reparti, elle t’annonce la suite…

  • Instants,  La classe !

    ad ultimam

    Ce lundi, la canicule (du lat. canicula, « petite chienne ») a enfin lâché prise. Les Bretons et P. ont lancé une opération nettoyage du jardin de ta biquetterie. Le midi, vous vous retrouvez autour de la table. Vous parlez d’hier, de la randonnée à Lyons-la-Forêt. Il faisait tellement chaud qu’à tour de rôle ils avaient maintenu un parapluie ouvert au-dessus de ta tête. Les passants te regardaient, espérant croiser quelque célébrité. Vous aviez ri comme des gamins. Tu ne sais plus pourquoi mais autour de la table, P. et toi avez dévié vers des énigmes étymologiques. Il te demande si tu connais l’origine du mot adulte. Avec une fausse modestie, tu…

  • Instants,  Kiosque

    Ombres

    Tu te demandes :si l’ombre d’un homme peut être le rêve d’un arbrel’ombre de l’arbre planté là haut sur les cendres de ta disparuepeut-elle être le songe d’une femme ? photo : Ce que je sais de mon ombre, Fabien Mérelle, exposition « Ligne de vie » à la Matmut, St Pierre de Varengeville.

  • Instants

    Métaphore

    elles avancent inlassablementaller et retourles fourmis sur le tuyau d’arrosageest-ce un raccourci pour ellesplutôt que le passage par l’herbe sèchetantôt à droite tantôt à gaucheil n’y a pas de règle de circulationquand elles se rencontrentelles donnent elles prennent rapidementdes nouvelles du bout de leurs antennes et repartent déterminées

  • Instants

    (dé)gonflée

    J’ai lu quelque part que la nacelle de la montgolfière est appelée une gondole. La chimio de la semaine dernière m’a méchamment gondolée. Alors que j’avais traversé les six précédentes avec impertinence, en mode la bacchante battante d’une énergie époustouflante qui continue de marcher, courir et faire du vélo entre deux, la 7ème m’a prise par surprise. Choc anaphylactique. Une enveloppe sans le souffle qu’il a fallu garder en observation. J’ai bien cru que je n’y arriverais plus, à marcher, à courir, à monter sur un vélo et à retourner en chimio. Me voici à nouveau gonflée, mon corps ne manque plus d’air et demain j’irai humblement pointer pour la…