Instants
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Temps de falaise
Il fait un temps de falaiseun temps de dessous de falaisela pluie le froid des rocs cèdentje les évite tant mal que malje voudrais m’asseoirretrouver mon souffle mon quotidiensemaine éreintante et dépôt de plaintecontre une contre un contre Xqui sur Tiktok -tic-tac compte à rebours lancé-menace de me coincer dans une ruelle sombreaprès le brevet blancil fait un temps de dessous de falaiselignes noires dans la rochemais moi je voudrais à nouveaume tenir là-hautdéfier le vide et la fragilité du sol sous mes piedsmême pas peur regard en équilibresur l’horizon la houle et les vents
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Sur le fil
Assise au coin du feu, l’espace d’une cigarette, je laisse mon regard monter jusqu’à la fenêtre. De l’autre côté se tient la dépendance. Rien ne semble bouger : les tuiles sur le toit, le gris du ciel, la goutte de la pluie d’hier suspendue à la fuite de la gouttière. Tout est immobile. Aucun passage d’oiseau pour tracer une diagonale dans ce cadre. Pourtant le regard devient peu à peu plus habile comme lorsqu’il est plongé dans le noir et qu’il s’étonne de distinguer enfin des volumes. C’est imperceptible mais les deux épingles à linge oubliées sur le fil depuis cet été oscillent légèrement. Elles attendent les draps qui battront…
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Avis (2)
Avant c’était l’ANPE. À Ne Plus Employer. Après est venu le tour de Pôle Emploi. Lui aussi vous pouvez l’oublier. Alors vous vous demandez avec un intérêt non dissimulé : quelle nouvelle pancarte les technocrates ont inventée pour faire croire à un changement ? Cette fois-ci, il a suffi de descendre dans les caves de l’État, d’en choisir une qu’ils se sont empressés de dépoussiérer. Ils ont aussi rayé deux mots d’un feutre délébile -bientôt ils passeront un coup d’éponge- et le tour était joué : France Famille Patrie Travail.
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Qui-vive
Je me souhaite de chérir sans chercher à le rectifierce qui en toi par les vents violents lancés comme on lance des désa été distorduà en avoir le souffle coupéune dernière foislà est l’espace de notre luttelà est l’espace de notre beauté photo : arbres tempétueux, Varangeville
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Avis
Revenant de Fécamp, j’ai écouté La Série Documentaire consacrée à la vie rêvée des oiseaux. Quel ne fut pas mon étonnement d’apprendre que le mot avion était un acronyme : Appareil Volant Imitant l’Oiseau Naturel. C’est poétique mais exit le latin avis qui nomme l’oiseau dans l’antiquité. Arrivée à la biquetterie, j’ai mené mes recherches. Il s’agirait d’une rétroacronymie. Ah bon, on peut faire ça ?Prenons alors le mot avis venant de à vis(um), « ce qui est vu comme bon » et procédons au même procédé. Cela donnerait À Vos Inspirations Subtiles. Hop hop hop, le tour est dans le sac. Qu’en pensez-vous ? Je dirai même mieux : quel est…
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Las palabras
Là-bas, les gens viennent s’asseoir. Ils ont rendez-vous entre amis. Ils posent leur sac au sol. Ils en sortent un sandwich, des bières et un saucisson à partager, toute leur semaine, le lourd et le léger. Ensemble, ils vont manger et se raconter. Toujours dans un grand éclat de rire.
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Équation
Messieurs les législateurs,Permettez-moi de transformer votre injonction en une équation. Ainsi, si le masculin fait le neutre, alors le féminin fait la nature.D’où nous revenons, belles étaient l’île à forme de pied, les falaises, la mer plane au nord ou déchaînée au sud, nos chaussures de randonnées rougies par le cami de cavalls, notre joie d’être là. Et surtout belles étaient les colchiques poussant dans la faille du roc : elles ne savaient pas que c’était impossible, alors elles l’ont fait.Ne vous en déplaise, tout cela était vraiment belle.
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Matin intérieur
Ce matin comme tous les matins, j’arrive chez Suzon tôt. Je dépose mon vélo dans le garage, récupère dans mes sacoches, mon sac de cours et ma gamelle et y enfourne mon pantalon et blouson coupe-vent, mes gants et mon bonnet. Une nouvelle journée commence. J’aime ce temps où le collège émerge à peine du silence de la nuit et que la première heure de cours est encore loin. S. vient de rejoindre sa loge. S. est tout à la fois gardienne et âme du collège. Chaque matin, elle commence par appuyer sur un bouton pour lancer le lever de tous les stores, du rez-de-chaussée au 2ème étage, puis elle…
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Ne laisse jamais personne t’éteindre
Mardi soir, c’était À ne pas rater de la Cie La vaste entreprise au théâtre de l’Arsenal. Pendant une heure, nous avons raté tout le reste du monde dans ces 400 m². Nous avons accepté le vide qui peu à peu apparaissait sur scène. Nous avons tenu au loin, l’espace d’une heure, le Hamas, la bande de Gaza, Israël et les fracas du monde.Hier soir, c’était le concert de Zaho de Sagazan au Kubb. J’y suis arrivée en miettes d’Arras et pourtant l’énergie vitale est réapparue. Lundi, cela fera trois ans pour Samuel Paty et trois jours pour Dominique Bernard. Je vais me retrouver face à vingt-huit paires d’yeux. Cette…
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Notre vie, c’est maintenant
« Le droit à une vie respirable, une vie qui vaut la peine, une vie à laquelle tenir, c’est le droit d’attendre beaucoup de la vie (la vie avec, auprès, parmi): l’espoir de fraterniser dans la respiration, l’espoir de détoxiquer nos quotidiens et de respirer enfin avec les autres. Respirer avec, conspirer. »in Respire, Marielle Macé Après une semaine qui m’a essoufflée -les cours, les copies, les préparations de projets-, après une semaine à inspirer et expirer sans m’en rendre compte, j’ai enfin trouvé le temps de finir le petit essai de Marielle Macé, Respire. Au départ, une évidence. L’air que j’inspire a été expiré par d’autres. L’air que j’expire sera inspiré…

























