• Instants

    Les jardins d’Angélique

    Direction le plateau est de Rouen en passant par la route des falaises d’Orival. Suivre la Seine apaise, à moins que ce ne soit longer les falaises par en-dessous. Quand on arrive enfin à Montmain, on se marre bien dans la voiture. Autant de voyelles nasalisées dans un nom de commune ! On s’invente une phrase à la limite du prononçable : nous allons voir tonton et maman à Montmain ! Sauf qu’on ne va voir aucun membre de la famille à Montmain mais les jardins d’Angélique. Nos corps savent tout de suite qu’ils viennent d’aborder dans un havre de paix. Ils se relâchent. Quant à nos esprits, ils ne…

  • Biffures,  Kiosque,  La classe !

    Comme des bêtes, Violaine Bérot

    Ça arrive, non, de voirdes normaux anormalement normés ? Biffure des pages 105 et 107 de Comme des bêtes Ce roman choral, Nico, un des libraires de Quai des mots me l’avait conseillé, il y a deux ans déjà. J’avais inscrit ce titre dans ma liste à lire et n’y étais pas revenue. Emprunté à la médiathèque avant la fermeture estivale, je l’ai lu ce matin sous la couette alors que les rafales déferlaient encore dehors. Comme des bêtes porte l’étiquette roman. Ça commence comme un fait divers où chacun y va de son témoignage et de ses certitudes. Dès les premières pages, on a envie de lire à voix…

  • Instants,  Kiosque

    By heart, Tiago Rodrigues

    Quand je fais comparoir les images passéesAu tribunal muet des songes recueillis Vous êtes bloqué.e chez vous, non parce qu’il fait trop chaud dehors mais parce qu’il tombe des cordes depuis ce matin. Ça a une gueule de début de printemps, voire d’automne. Vous regardez le jasmin que vous avez laissé pousser devant la fenêtre, en version pergola bio-climatique. Faute de parer le soleil, il arrête la pluie. Je soupire au défaut des défuntes pensées,Pleurant de nouveaux pleurs les jours trop tôt cueillis. Impossible d’aller courir, marcher ou nager. Vous êtes contraint.e de vous projeter dans cet espace réduit et ce temps vide. Des larmes oublieux, mon œil alors se…

  • Instants

    Tomber dans le paonneau

    Certains assis dans le jardin ont demandé: c’est quoi ce bruit ?Je répondais : une balançoire qui grince, un volet mal huilé, en fonction de mon humeur et parce que je n’en savais rien.Aussi fidèle qu’un clocher, ça rythme les quart-d’heures avec, à certains moments de la journée, une préférence pour les minutes. Ça se promène. Tantôt proche, tantôt lointain. Ma fille, elle, a tout de suite décrété que c’était insupportable. Elle n’a pas cru à la balançoire ou au volet. Elle est allée résoudre le mystère et le mystère est venu à elle : sur le muret au dessus des framboisiers, une paonne se tenait à l’arrêt, en panne.…

  • Instants

    (im)mobilité

    Il y a eu, de passage à la biquetterie, ma fille qui en septembre se lancera dans une itinérance sur le GR 34 et mon frère qui le lendemain rejoignait Nouméa avec sa tribuil y a eu l’une qui voulait randonner avec moi pour tester ses mollets et l’autre qui aspirait à se poser un peu alors avec l’un, on a bu des verres de vin et des tasses de café tout en lisant à voix haute Philosopher c’est apprendre à mourir, en se disant que Montaigne cite beaucoup d’auteurs latins et qu’on n’était pas obligés de lire toutes les citations, qu’on n’était pas obligés de les lire alors avec…

  • Instants

    Bonne nouvelle

    Un vent chaud souffle sur Paris. De St Lazare, je file à pied à Havre Caumartin. Mon corps se souvient de la route et opte tout de suite pour un rythme parisien, rapide et fluide malgré les hordes de touristes. Je m’engouffre dans le métro, ligne 9, direction Mairie de Montreuil, jusqu’à Buzenval. Quand je monte dans la rame, je regrette la canicule extérieure. Il va falloir survivre dans un sauna à l’espace vital réduit. Mes pensées évitent les stéréotypes qui me feraient écrire que chacun est sur son portable dans une absence collective. Je me concentre sur mon équilibre, être debout sans tenir la rampe moite, anticiper l’arrivée dans…

  • Biffures,  Kiosque,  La classe !

    Irréfutable essai de successologie, Lydie Salvayre

    « Succès : usage de l’escalier roulant sur la bonté vers le sordide. » Biffure de la page 146 de L’irréfutable essai de successologie Voici donc un essai succulent qui brosse un tableau de notre monde dont le moteur s’appelle Tik Tok ou Instagram et qui court toujours plus vite à sa perte de valeurs. Lydie Salvayre y décoche pointes et formules cinglantes dans un grand éclat de rire. Tous y passent : les auteurs, les critiques littéraires et la bookstagrameuse. Pour celle-là, elle mélange petit-lait et vitriol et se fait un malin plaisir de la convoquer de page en page. Quant à moi, je garde son portrait dans une pochette à…