Instants
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Se débarbifier
Quand B. m’appelle pour me demander, tu te laisses tenter par Barbie de Greta Gerwig, j’ai un mouvement de surprise. Ce n’est pas ce qu’on va voir d’habitude, on est plutôt essai et art. Mais bon, puisque la critique sur AlloCiné est assez bonne, on essaie. Pendant deux heures, j’ai halluciné : du pseudo-féminisme suivi du pseudo-masculinisme, le tout baignant dans du rose à vous donner la gerbe et tout autour la marmaille -les parents pensaient-ils que c’était le film parfait pour combler une après-midi pluvieuse ?- qui croquait du pop-corn et buvait du soda. Inutile de m’étendre plus. Toujours est-il qu’après cette expérience désastreuse -un peu comme si j’avais…
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Les jardins d’Angélique
Direction le plateau est de Rouen en passant par la route des falaises d’Orival. Suivre la Seine apaise, à moins que ce ne soit longer les falaises par en-dessous. Quand on arrive enfin à Montmain, on se marre bien dans la voiture. Autant de voyelles nasalisées dans un nom de commune ! On s’invente une phrase à la limite du prononçable : nous allons voir tonton et maman à Montmain ! Sauf qu’on ne va voir aucun membre de la famille à Montmain mais les jardins d’Angélique. Nos corps savent tout de suite qu’ils viennent d’aborder dans un havre de paix. Ils se relâchent. Quant à nos esprits, ils ne…
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Cinq
Depuis cinq jours,
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By heart, Tiago Rodrigues
Quand je fais comparoir les images passéesAu tribunal muet des songes recueillis Vous êtes bloqué.e chez vous, non parce qu’il fait trop chaud dehors mais parce qu’il tombe des cordes depuis ce matin. Ça a une gueule de début de printemps, voire d’automne. Vous regardez le jasmin que vous avez laissé pousser devant la fenêtre, en version pergola bio-climatique. Faute de parer le soleil, il arrête la pluie. Je soupire au défaut des défuntes pensées,Pleurant de nouveaux pleurs les jours trop tôt cueillis. Impossible d’aller courir, marcher ou nager. Vous êtes contraint.e de vous projeter dans cet espace réduit et ce temps vide. Des larmes oublieux, mon œil alors se…
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Tomber dans le paonneau
Certains assis dans le jardin ont demandé: c’est quoi ce bruit ?Je répondais : une balançoire qui grince, un volet mal huilé, en fonction de mon humeur et parce que je n’en savais rien.Aussi fidèle qu’un clocher, ça rythme les quart-d’heures avec, à certains moments de la journée, une préférence pour les minutes. Ça se promène. Tantôt proche, tantôt lointain. Ma fille, elle, a tout de suite décrété que c’était insupportable. Elle n’a pas cru à la balançoire ou au volet. Elle est allée résoudre le mystère et le mystère est venu à elle : sur le muret au dessus des framboisiers, une paonne se tenait à l’arrêt, en panne.…
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(im)mobilité
Il y a eu, de passage à la biquetterie, ma fille qui en septembre se lancera dans une itinérance sur le GR 34 et mon frère qui le lendemain rejoignait Nouméa avec sa tribuil y a eu l’une qui voulait randonner avec moi pour tester ses mollets et l’autre qui aspirait à se poser un peu alors avec l’un, on a bu des verres de vin et des tasses de café tout en lisant à voix haute Philosopher c’est apprendre à mourir, en se disant que Montaigne cite beaucoup d’auteurs latins et qu’on n’était pas obligés de lire toutes les citations, qu’on n’était pas obligés de les lire alors avec…
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Bonne nouvelle
Un vent chaud souffle sur Paris. De St Lazare, je file à pied à Havre Caumartin. Mon corps se souvient de la route et opte tout de suite pour un rythme parisien, rapide et fluide malgré les hordes de touristes. Je m’engouffre dans le métro, ligne 9, direction Mairie de Montreuil, jusqu’à Buzenval. Quand je monte dans la rame, je regrette la canicule extérieure. Il va falloir survivre dans un sauna à l’espace vital réduit. Mes pensées évitent les stéréotypes qui me feraient écrire que chacun est sur son portable dans une absence collective. Je me concentre sur mon équilibre, être debout sans tenir la rampe moite, anticiper l’arrivée dans…
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As 33
– Quel est l’anagramme de « racines » ? – Arsenic ! , ricanes-tu.
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Ecrire sur soi
Pourquoi écrit-on sur soi ?pour ne pas oublier l’itinéraire tracé dans le dédale des jourspour enfiler des perles sur le fil des heurespour tatouer sa peau et l’eau mais l’immortalité demeurera une plaisanterieKundera, lui-même, n’a pu retenir l’insoutenable légèreté de son être Photo : La rivière de Robert Desnos, La Factorie, L’île du Roy
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Exil de mes îles
L’exil de mes îles a eu lieu hierc’est encore un peu vide ici mais le regard porte loincomme quand on arrive dans une nouvelle maisonil faut se familiariser avec les odeurs et les bruitslenteur des déplacements dans des pièces sans repèresapposer mes mains sur les murs en un geste ancien Depuis mi-mai, je me tenais sur la plage prête à partirtout était dans un carton portant l’étiquette Cycle 1 1206 notes et autant de photos, 6134 commentaires, seize ans d’écriture tâtonnante pour quelques évidences qui tiennent dans une enveloppedepuis mi-mai, tout était en un carton et en attente Pendant ces deux moisj’ai regardé l’horizon espérant la voilej’ai observé la laisse…






















