Instants

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    Est-ce que demain finira bien ? (5)

    Si je vous dis FN, il y a fort à parier que vous me répondrez Front National, tout en pensant au RN. Qui se souvient encore, à part quelques professeurs d’histoire, que ces deux mêmes lettres désignaient pendant la seconde guerre mondiale l’armée de résistance composée des Francs-Tireurs et des Partisans ? Je l’ai relu dans Le nom sur le mur d’ Hervé Letellier. Voici ce qu’il dit du FN (2) qui, lui, a toujours aimé brouiller les repères, défaire le sens des mots et les salir au passage : « On ne débat pas avec de telles idées, on les combat. Parce que la démocratie est une conversation entre gens…

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    Est-ce que demain finira bien ? (3)

    Tout est lourd : l’estomac, les mains qui feraient mieux de se tendre, les battements du coeur.Pas le sommeil. Trop peureux.Dans le potager, la légèreté du pois. Trop heureux. Et On a peur mais ça va d’Andrea Thominot. « on garde un peu de place dans le corpspour tremblerpour n’être pas trop stable pour pencher de côtés’incliner vers ce qui prend le moins de bruitce qui prend le moins d’ombre on garde un peu d’hésitation au pied de l’arbreau bord de la falaise au bout des doigts on garde un peu de doute pour tout ce qui s’en vaet tout ce qui vient. »

  • Instants

    Est-ce que demain finira bien ? (2)

    Ça s’entredéchire, ça complote, ça trahit, ça s’emparouille, ça s’endosque. Au milieu de la tempête, quelques-uns tentent de s’associer au-delà de leurs certitudes pour que les deux dimanches à venir ne soient pas cette grande peur brune annoncée. Pour retrouver nos esprits et redresser la tête des ombellifères, un peu, voici un extrait de Depuis toujours nous aimons les dimanches de Lydie Salvayre… « Vous nous vendez sans cesse le bonheur d’exister en consommant et consommant et consommant à perte de vie. Mais comment, Messieurs, concevez-vous le bonheur ? Comment ? Vous êtes-vous demandé un seul jour : que fous-je de ma vie ?Qui ai-je vraiment aimé ? Par quoi fus-je…

  • Instants

    Est-ce que demain finira bien ? (1)

    Je ne veux pasvivre des lendemains qui chantent comme des casserolesparce que le RN, parce que la dissolution de l’assembléeparce que l’Histoire avec sa grande hache comme disait Perecune horloge aux mécanismes partis pour un nouveau tourun front populaire serait en train de se constituer( comme en 1936 ? ) je veux continuer de fouler des prairies non fauchéeset au hasard des graminéesme retrouver paume contre paumeavec l’orchidée sauvage oui nous voulons nous asseoir en corps à des banquets poétiquesune place sera gardée pour l’étrangerqui dira dans ses sonorités d’autres lointainsparce que là se joue le monde de demainen fraternité et sororité

  • Instants

    55

    Ma grand-mère, une femme qui tout au long de sa si longue vie s’était entourée de nombreuses superstitions contre le mauvais oeil, disait que le 5 est un chiffre qui protège. Quand il fallait le faire entrer en action, elle ouvrait grand sa main aux si longs doigts, paume vers l’extérieur et disait « 5 sur toi ». Le tour était joué, on pouvait reprendre le chemin. Si le péril était vraiment grand, immobile sur son fauteuil, telle une Sybille, les mains sur les accoudoirs, elle n’hésitait pas à dire « 55 sur toi ». Le tour était à nouveau joué, on pouvait se remettre en route. La semaine dernière, c’est le nombre que…

  • Biffures,  Instants

    « En français, ils ne tiennent qu’à un fil. En néerlandais, ils appartiennent au jour. »Il a fallu que je lise cette phrase-chapitre pour réussir à retenir le titre du premier roman d’Emma Doude Van Troostwijk, Ceux qui appartiennent au jour. Peut-être parce que ses personnages sont plongés dans une nuit – Alzheimer, burn-out ou questionnement sans réponse- et que je ne réussissais pas à mettre du lien.« En français, ils ne tiennent qu’à un fil. En néerlandais, ils appartiennent au jour. »Le grand écart entre deux langues. Ici, le danger, là l’impression d’être à la juste place. La narratrice s’approche de ses hommes cabossés avec une telle tendresse qu’elle en éclaire leur nuit.…

  • Instants,  La classe !

    Pierres d’achoppement

    La semaine dernière, j’ai suivi, chaque jour, le même itinéraire, de la rue Louis Blanc à l’avenue Grammont, en passant par la place Voltaire et la rue du Cours. L’espace de vingt minutes d’un pas rapide, en mode automatique, je me perdais dans mes pensées. Un matin, après une nuit pluvieuse, elles faisaient tellement bloc sur le bitume de la rue du Cours que je n’ai pas pu les éviter : huit pierres d’achoppement, toute une famille arrêtée là, au numéro 48 puis déportée et assassinée à Auschwitz.L’après midi, j’ai traversé la Seine pour aller voir Zone d’intérêt de Jonathan Glazer. Je garde en tête le bourdonnement incessant de la…