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    Te voici parvenue à la fin de trois semaines de rayons, trois semaines à t’allonger sous la machine à quatre bras, trois semaines à t’absenter du bruit assourdissant en plongeant, le temps de l’apnée, dans un bassin de 50 mètres et en nageant jusqu’à l’autre bord. Jusqu’à l’autre rive. Un espace pour toi, chaque jour pendant trois semaines. Tu évolues, calme et déterminée sur ta ligne d’eau sous-marine. Tu ne sais plus pourquoi mais un jour, tu lèves la tête. Y avait-il une ombre au fond du bassin qui signalait une présence là-haut ? L’avais-tu invoquée ou s’était-elle invitée ? Toujours est-il qu’elle est là, celle que tu as si…

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    Froid-chaud

    Cette semaine ça a été Fargo puis Gorettigrande neige puis grand venttu as multiplié les couches pour faire rempart au froid glacialtu as arpenté les sentiers et le silenceperdant toute notion du tempslorsque l’électricité a disparu pendant de longues heurestu as arpenté l’obscuritéTout cela mis bout à bout a fait contre-poids au reste : la première semaine des rayons.Chaque jour, tu y es allée et dans ton sac tu as glissé Respire de Marielle Macé. Tu l’emportes comme tu porterais un talisman au poignet. Là-bas tout doit aller vite : à l’heure dite, entrer dans la cabine, se mettre torse nu, rejoindre la machine aux quatre bras dans un éclairage…

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    On dit que…

    « On dit qu’après une tempête, un ouragan, un tsunami, la nature qui renaît ensuite est merveilleuse.On dit que tout ce qui est tombé, détruit, cassé, sert d’engrais.On dit que tout ce qui est vivant reprend encore plus de force et de vigueur.On dit qu’après une éruption volcanique c’est la même chose : une pluie de cendres recouvre tout, paysage de feu et de destruction. Mais partout où s’est posée cette manne volatile, la végétation redouble de densité, d’exaltation, d’exubérance.On dit que, parfois, c’est la même chose pour les humains. »Dernières lignes de la trilogie de Marion Brunet, Ilos.

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    inventer un temps nouveau

    Il te manque un temps. Un temps qui se glisserait entre le présent -tu as un cancer- et le passé composé -tu as eu un cancer-. Un temps qui aurait la légèreté de l’oiseau le matin quand il a plu de nombreuses nuits et que le soleil est à nouveau sur le point de se lever. On t’a prise en photos sous toutes les coutures. De quoi en faire un album et l’album est propre. On t’a opérée, l’opération t’a laissé une nouvelle couture, tu l’apprivoises. Tu as eu les résultats de l’anapath -dites-le à voix haute, ça a la gueule d’un insecte- et l’anapath est propre. C’est grisant. Non,…

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    Méandres

    Toutes les semaines puis toutes les trois semaines, tu as stabilobossé sur ton protocole une à une les chimios, patiemment. Te voilà parvenue dans l’après et déjà l’avant a remis son compteur en route qui te mènera à l’opération. Dans cet entre-deux, tu alignes 2021 OT, 1911 ET, 1911 OT, 1811 OT et 1710 ET.Tu soulignes maintenant à l’encre jaune fluo les randonnées sur les cartes IGN, de ta biquetterie sur les coteaux de la Seine à l’estuaire du Havre.Tu as appris à abandonner la ligne droite, directe et efficace pour lui préférer les invitations des méandres à prendre son temps.

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    dans la maison vide

    Ça y esttu es allée marcher d’un bon pas (t’assurer quotidiennement que ton corps est toujours bien là après quinze chimios)P. l’infirmier vient de booster tes globules (il est aussi sympathique que T. Ngijol dans la série Empathie que tu regardes les lundis soir)tout est en ordre et la journée t’appartientdehors rafales vents et aversesla mauve arbustive aussi souple que le roseaule parasol écroulé entre la sauge et les framboisierstu laisses la fenêtre ouverte et retournes t’allongerle chat à tes pieds ne bronche pastu vas enfin poursuivre le grand plaisir d’hierla lecture de La maison vide de Laurent Mauvignierroman de haute voltige (merci de ne pas déranger avant demain)