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Te voici parvenue à la fin de trois semaines de rayons, trois semaines à t’allonger sous la machine à quatre bras, trois semaines à t’absenter du bruit assourdissant en plongeant, le temps de l’apnée, dans un bassin de 50 mètres et en nageant jusqu’à l’autre bord. Jusqu’à l’autre rive. Un espace pour toi, chaque jour pendant trois semaines. Tu évolues, calme et déterminée sur ta ligne d’eau sous-marine. Tu ne sais plus pourquoi mais un jour, tu lèves la tête. Y avait-il une ombre au fond du bassin qui signalait une présence là-haut ? L’avais-tu invoquée ou s’était-elle invitée ? Toujours est-il qu’elle est là, celle que tu as si…
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On dit que…
« On dit qu’après une tempête, un ouragan, un tsunami, la nature qui renaît ensuite est merveilleuse.On dit que tout ce qui est tombé, détruit, cassé, sert d’engrais.On dit que tout ce qui est vivant reprend encore plus de force et de vigueur.On dit qu’après une éruption volcanique c’est la même chose : une pluie de cendres recouvre tout, paysage de feu et de destruction. Mais partout où s’est posée cette manne volatile, la végétation redouble de densité, d’exaltation, d’exubérance.On dit que, parfois, c’est la même chose pour les humains. »Dernières lignes de la trilogie de Marion Brunet, Ilos.
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8.8
Depuis toujours, tu aimes les chiffres. Gamine, tu les visualisais dans ton esprit, en fermant les yeux intensément, pour réussir un exercice de calcul mental. Il ne fallait en lâcher aucun, ne pas les laisser déborder, les contenir, les faire valser rapidement. Y parvenir, c’était dénouer un noeud sans les mains. Tu te souviens du jour où un collègue de maths te dit au détour d’une clope que le mot chiffre vient de l’arabe sifr « le vide » et de celui où tu découvres l’OuLiPo. Vendredi dernier était un 8 août. C’est la première fois que tu regardes cette date. La veille, tu es montée à l’arbre parce que dix mois…
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Ombres
Tu te demandes :si l’ombre d’un homme peut être le rêve d’un arbrel’ombre de l’arbre planté là haut sur les cendres de ta disparuepeut-elle être le songe d’une femme ? photo : Ce que je sais de mon ombre, Fabien Mérelle, exposition « Ligne de vie » à la Matmut, St Pierre de Varengeville.
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« Moi par dessus tout, c’est la gaieté qui m’en impose. »Nicolas Bouvier, L’usage du monde Et c’est François Morel dans sa chronique qui en parle si bien…
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Ton amour était sans limitesson désir aussiqui faisait s’envoler vos reins et vos cuisses tu aurais aimé que ça dure éternellement Biffures des pages 28 de Minuit dans la ville des songes, Dernier arrêt avant l’automne et Je me souviens de tous vos rêves de René Frégni
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En vies
Aujourd’hui est un jour 1 Jour 1 pour ta chimio : au bout de combien de mardis, pourras-tu parler de rituel ? Peut-être dès la semaine prochaine.Pour l’instant tu prends tes marques : au premier étage, le hall dessert l’hôpital de jour, le labo d’analyses sanguines et la cafét’. Là, Josette fait des mots croisés et Paulette des mots mêlés (les prénoms n’ont pas été modifiés).Toi, tu mêles ta présence à ces lieux nouveaux et tu croises des lettres lumineuses : place aux envies. Mettre un nouvel espace : place aux en vies. Sur la table, tu as posé le roman Les mains vides. Ce titre parle de toi aussi.Jour…
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cri étoufféet murmure du coeur aux commissures du printempsà la fissure du silenceà la lumière mêlée à la tristesse biffures de la page 105 de L’oiseau canadèche de Jim Dodge et de la page 19 de Le chant des pentes de Simon Parcot
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En bref (j’essaie)
Faire tenir deux mois en quelques lignes : tétanisée un soir de résultat de biopsie positive (la précédente était revenue négative)tétanisée (bis) un soir de résultat de petscan : on rajoute le pancréas au sein– t’es un grand malade de t’acharner sur moi comme ça ! C’est quoi ton problème ?, que j’ai dit à l’universil ne m’a pas répondu ou je n’ai pas entendu quoi d’autre alors qued’accepter d’habiter le jour présent (c’est le seul endroit où vivre aujourd’hui) avec les ami.e.s et la famille qui s’installent sous le cerisier de la biquetteriey rencontrer un hérisson et un aigle lors d’un voyage chamanique« le cercle de mon vol te protège »toi…
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signe mystérieuxlangage qui tangueelle voudrait le clapotis qui fait valdinguerla gravité Biffures de la page 87 de Vivre tout bas de Jeanne Benameur et de la page 195 de La barque de Masao d’Antoine Choplin



















