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(dé)gonflée
J’ai lu quelque part que la nacelle de la montgolfière est appelée une gondole. La chimio de la semaine dernière m’a méchamment gondolée. Alors que j’avais traversé les six précédentes avec impertinence, en mode la bacchante battante d’une énergie époustouflante qui continue de marcher, courir et faire du vélo entre deux, la 7ème m’a prise par surprise. Choc anaphylactique. Une enveloppe sans le souffle qu’il a fallu garder en observation. J’ai bien cru que je n’y arriverais plus, à marcher, à courir, à monter sur un vélo et à retourner en chimio. Me voici à nouveau gonflée, mon corps ne manque plus d’air et demain j’irai humblement pointer pour la…
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Drone / ronde
Ce matin, tu es déjà branchée à la première poche de chimio, celle qui va te faire somnoler et te coller les neurones entre eux. Tu ouvres ton calepin et notes quelques idées en attendant de pouvoir aller sur tes îles indigo. C’est le mot drone (est-ce parce qu’il rime avec neurone ?) qui apparaît. Il te faudra trouver les mots justes pour parler de ceux qui envahissent le ciel de Gaza, du massacre sans fin en dessous, du voilier Madleen (prénom qui vient de l’hébreu Magdala « celle qui évoque un souvenir ») arraisonné par Israël. Oui, il faudra. Il faudra aussi parler du ballet de drones qui a noirci le…
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Tu refermes chaque journée tôt inutile d’aller quémander un rab d’énergie quand les batteries sont à platen échange tu ouvres la suivante au moment même où un premier oiseau est-ce le même chaque matindonne le la à tous les autressoudain c’est concert dans l’airpour appeler le soleil qui se fait beauun nuage s’est installé sur le fil électriqueaux premières logestoi tête et pieds nus dans ta ruetu laisses cet instant te vivifier
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Cheveux au vent
Petite poucette dans tes jardinstu te suis à la tracecheveu après cheveuque les mésanges ou les oies sauvagesqui seraient en train de finaliser leur niden profitentP. ton coiffeur persovient raser ton crâne gratis cet après-midi
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Ton amour était sans limitesson désir aussiqui faisait s’envoler vos reins et vos cuisses tu aurais aimé que ça dure éternellement Biffures des pages 28 de Minuit dans la ville des songes, Dernier arrêt avant l’automne et Je me souviens de tous vos rêves de René Frégni
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(im)mobilité
Tu as mis en place un rituel qui te plaît : tu as posé un transat sur l’allée du potager qui mène au cabanon des semis. Là, chaque matin, au milieu de la végétation, tu t’assieds avec ton 2ème café, tu regardes monter la nouvelle journée. Tu ne sais pas ce qu’elle va te proposer, une longue randonnée comme mardi soir au retour de ta 3ème chimio, une balade vélo comme hier matin ou une irrésistible et longue sieste bercée par la pluie sur le velux comme hier après-midi. Tu écoutes ces rythmes nouveaux, tu aimerais y lire une certaine régularité. Tout se rejoue chaque jour. L’accepter avec l’élégance de…
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Et de deux !
Taxi-wonder-woman vient de te déposer chez toi. Après toutes ces heures passées dans un fauteuil médical à attendre que les poches du nectar, une à une, s’écoulent en toi, tu as besoin de rééquilibrer la journée. Tu enfiles tes pompes de rondo et pars. Le tonnerre gronde au loin. Tu as toujours aimé marcher au bord d’un orage. Alors que tout semble à l’arrêt dans l’attente de la pluie, toi tu avances d’un bon pas. Tu grimpes sur les coteaux de Seine et laisse cette deuxième journée de chimio (plus que dix) remonter. Elle t’a offert tant de douceurs :Le rendez-vous avec l’esthéticienne qui dédramatise tout ce que tu dois…
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Remplir ses sacs
Jour 8, Chimio 2 : c’est déjà demain.Taxi-wonder-woman et son vaisseau départemental aussi bruyant qu’un hôpital -les bips dès qu’elle dépasse la limite de vitesse d’un km la font bien marrer- t’attendront devant la biquetterie. D’ici là, tu prépares tes sacs. Dans le premier, tu glisses l’aprépitant, la lidocaïne et une salade de riz, haricots azuki, concombre, basilic sacré, fleurs de ciboulette (les repas à l’hôpital ont décidément un goût de surgelé qu’on aurait oublié de passer au four). Dans le second, tu enfournes pêle-mêle tout le doux que cette semaine t’a offert. Une randonnée nocturne avec ton morveux, le soir de la première chimio. Tu étais sous cortisone, ton…
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En vies
Aujourd’hui est un jour 1 Jour 1 pour ta chimio : au bout de combien de mardis, pourras-tu parler de rituel ? Peut-être dès la semaine prochaine.Pour l’instant tu prends tes marques : au premier étage, le hall dessert l’hôpital de jour, le labo d’analyses sanguines et la cafét’. Là, Josette fait des mots croisés et Paulette des mots mêlés (les prénoms n’ont pas été modifiés).Toi, tu mêles ta présence à ces lieux nouveaux et tu croises des lettres lumineuses : place aux envies. Mettre un nouvel espace : place aux en vies. Sur la table, tu as posé le roman Les mains vides. Ce titre parle de toi aussi.Jour…
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cri étoufféet murmure du coeur aux commissures du printempsà la fissure du silenceà la lumière mêlée à la tristesse biffures de la page 105 de L’oiseau canadèche de Jim Dodge et de la page 19 de Le chant des pentes de Simon Parcot




























