• Instants

    Est-ce que demain finira bien ? (3)

    Tout est lourd : l’estomac, les mains qui feraient mieux de se tendre, les battements du coeur.Pas le sommeil. Trop peureux.Dans le potager, la légèreté du pois. Trop heureux. Et On a peur mais ça va d’Andrea Thominot. « on garde un peu de place dans le corpspour tremblerpour n’être pas trop stable pour pencher de côtés’incliner vers ce qui prend le moins de bruitce qui prend le moins d’ombre on garde un peu d’hésitation au pied de l’arbreau bord de la falaise au bout des doigts on garde un peu de doute pour tout ce qui s’en vaet tout ce qui vient. »

  • Instants

    Est-ce que demain finira bien ? (2)

    Ça s’entredéchire, ça complote, ça trahit, ça s’emparouille, ça s’endosque. Au milieu de la tempête, quelques-uns tentent de s’associer au-delà de leurs certitudes pour que les deux dimanches à venir ne soient pas cette grande peur brune annoncée. Pour retrouver nos esprits et redresser la tête des ombellifères, un peu, voici un extrait de Depuis toujours nous aimons les dimanches de Lydie Salvayre… « Vous nous vendez sans cesse le bonheur d’exister en consommant et consommant et consommant à perte de vie. Mais comment, Messieurs, concevez-vous le bonheur ? Comment ? Vous êtes-vous demandé un seul jour : que fous-je de ma vie ?Qui ai-je vraiment aimé ? Par quoi fus-je…

  • Instants

    Est-ce que demain finira bien ? (1)

    Je ne veux pasvivre des lendemains qui chantent comme des casserolesparce que le RN, parce que la dissolution de l’assembléeparce que l’Histoire avec sa grande hache comme disait Perecune horloge aux mécanismes partis pour un nouveau tourun front populaire serait en train de se constituer( comme en 1936 ? ) je veux continuer de fouler des prairies non fauchéeset au hasard des graminéesme retrouver paume contre paumeavec l’orchidée sauvage oui nous voulons nous asseoir en corps à des banquets poétiquesune place sera gardée pour l’étrangerqui dira dans ses sonorités d’autres lointainsparce que là se joue le monde de demainen fraternité et sororité

  • Instants

    55

    Ma grand-mère, une femme qui tout au long de sa si longue vie s’était entourée de nombreuses superstitions contre le mauvais oeil, disait que le 5 est un chiffre qui protège. Quand il fallait le faire entrer en action, elle ouvrait grand sa main aux si longs doigts, paume vers l’extérieur et disait « 5 sur toi ». Le tour était joué, on pouvait reprendre le chemin. Si le péril était vraiment grand, immobile sur son fauteuil, telle une Sybille, les mains sur les accoudoirs, elle n’hésitait pas à dire « 55 sur toi ». Le tour était à nouveau joué, on pouvait se remettre en route. La semaine dernière, c’est le nombre que…

  • Biffures

    Elle croit enla tendresse à contre-jourau répit ourléà l’unique gratitude Biffure de la page 95 de Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin

  • Biffures,  Instants

    « En français, ils ne tiennent qu’à un fil. En néerlandais, ils appartiennent au jour. »Il a fallu que je lise cette phrase-chapitre pour réussir à retenir le titre du premier roman d’Emma Doude Van Troostwijk, Ceux qui appartiennent au jour. Peut-être parce que ses personnages sont plongés dans une nuit – Alzheimer, burn-out ou questionnement sans réponse- et que je ne réussissais pas à mettre du lien.« En français, ils ne tiennent qu’à un fil. En néerlandais, ils appartiennent au jour. »Le grand écart entre deux langues. Ici, le danger, là l’impression d’être à la juste place. La narratrice s’approche de ses hommes cabossés avec une telle tendresse qu’elle en éclaire leur nuit.…