• Instants

    Équation

    Messieurs les législateurs,Permettez-moi de transformer votre injonction en une équation. Ainsi, si le masculin fait le neutre, alors le féminin fait la nature.D’où nous revenons, belles étaient l’île à forme de pied, les falaises, la mer plane au nord ou déchaînée au sud, nos chaussures de randonnées rougies par le cami de cavalls, notre joie d’être là. Et surtout belles étaient les colchiques poussant dans la faille du roc : elles ne savaient pas que c’était impossible, alors elles l’ont fait.Ne vous en déplaise, tout cela était vraiment belle.

  • Instants,  La classe !

    Matin intérieur

    Ce matin comme tous les matins, j’arrive chez Suzon tôt. Je dépose mon vélo dans le garage, récupère dans mes sacoches, mon sac de cours et ma gamelle et y enfourne mon pantalon et blouson coupe-vent, mes gants et mon bonnet. Une nouvelle journée commence. J’aime ce temps où le collège émerge à peine du silence de la nuit et que la première heure de cours est encore loin. S. vient de rejoindre sa loge. S. est tout à la fois gardienne et âme du collège. Chaque matin, elle commence par appuyer sur un bouton pour lancer le lever de tous les stores, du rez-de-chaussée au 2ème étage, puis elle…

  • Instants,  Kiosque,  La classe !

    Ne laisse jamais personne t’éteindre

    Mardi soir, c’était À ne pas rater de la Cie La vaste entreprise au théâtre de l’Arsenal. Pendant une heure, nous avons raté tout le reste du monde dans ces 400 m². Nous avons accepté le vide qui peu à peu apparaissait sur scène. Nous avons tenu au loin, l’espace d’une heure, le Hamas, la bande de Gaza, Israël et les fracas du monde.Hier soir, c’était le concert de Zaho de Sagazan au Kubb. J’y suis arrivée en miettes d’Arras et pourtant l’énergie vitale est réapparue. Lundi, cela fera trois ans pour Samuel Paty et trois jours pour Dominique Bernard. Je vais me retrouver face à vingt-huit paires d’yeux. Cette…

  • Instants,  Kiosque

    Notre vie, c’est maintenant

    « Le droit à une vie respirable, une vie qui vaut la peine, une vie à laquelle tenir, c’est le droit d’attendre beaucoup de la vie (la vie avec, auprès, parmi): l’espoir de fraterniser dans la respiration, l’espoir de détoxiquer nos quotidiens et de respirer enfin avec les autres. Respirer avec, conspirer. »in Respire, Marielle Macé Après une semaine qui m’a essoufflée -les cours, les copies, les préparations de projets-, après une semaine à inspirer et expirer sans m’en rendre compte, j’ai enfin trouvé le temps de finir le petit essai de Marielle Macé, Respire. Au départ, une évidence. L’air que j’inspire a été expiré par d’autres. L’air que j’expire sera inspiré…

  • La classe !

    Convergence de lignes

    Rituel du matin7h20 : je charge mes sacoches, celle de droite reçoit mes cours et mon ordi, celle de gauche mon casse-croute et mon anti-vol. Je monte sur mon vélo et descends le côteau pour rejoindre S. à 7h30. Un rapide bonjour dans le flux de la circulation et nous fonçons jusqu’à la voie verte. Une fois que nous y sommes, nous pouvons respirer largement. Nous avons vingt minutes devant nous pour nous donner des nouvelles du week-end, nous redire que nous sommes vraiment bien à longer l’Eure, à saluer les cygneaux devenus grands mais toujours en ligne familiale. Dans notre dos, le jour prend le relais de la nuit.…

  • La classe !

    Ça coule de source

    Cette semaine, j’ai fait passer le test de fluence à mes élèves de 4è. Fluence : mon ordinateur ne connaît pas ce mot et le souligne en rouge. Il n’est pas non plus dans Le Petit Robert, entre « fluer » et « fluide ». Ils ont tous les trois la même source : le latin fluere « couler ».Je tire une table dans le couloir et appelle chaque élève, l’un après l’autre. Pendant ce temps, les autres se plongent dans le roman ou la BD qu’ils ont toujours dans leur sac. Le collège pratique le quart d’heure lecture. Vous savez, ce moment sacré où tout un établissement s’arrête en même temps et où chacun s’absente…