• Instants,  La classe !

    Pierres d’achoppement

    La semaine dernière, j’ai suivi, chaque jour, le même itinéraire, de la rue Louis Blanc à l’avenue Grammont, en passant par la place Voltaire et la rue du Cours. L’espace de vingt minutes d’un pas rapide, en mode automatique, je me perdais dans mes pensées. Un matin, après une nuit pluvieuse, elles faisaient tellement bloc sur le bitume de la rue du Cours que je n’ai pas pu les éviter : huit pierres d’achoppement, toute une famille arrêtée là, au numéro 48 puis déportée et assassinée à Auschwitz.L’après midi, j’ai traversé la Seine pour aller voir Zone d’intérêt de Jonathan Glazer. Je garde en tête le bourdonnement incessant de la…

  • Instants,  La classe !

    Temps de falaise

    Il fait un temps de falaiseun temps de dessous de falaisela pluie le froid des rocs cèdentje les évite tant mal que malje voudrais m’asseoirretrouver mon souffle mon quotidiensemaine éreintante et dépôt de plaintecontre une contre un contre Xqui sur Tiktok -tic-tac compte à rebours lancé-menace de me coincer dans une ruelle sombreaprès le brevet blancil fait un temps de dessous de falaiselignes noires dans la rochemais moi je voudrais à nouveaume tenir là-hautdéfier le vide et la fragilité du sol sous mes piedsmême pas peur regard en équilibresur l’horizon la houle et les vents

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    Sur le fil

    Assise au coin du feu, l’espace d’une cigarette, je laisse mon regard monter jusqu’à la fenêtre. De l’autre côté se tient la dépendance. Rien ne semble bouger : les tuiles sur le toit, le gris du ciel, la goutte de la pluie d’hier suspendue à la fuite de la gouttière. Tout est immobile. Aucun passage d’oiseau pour tracer une diagonale dans ce cadre. Pourtant le regard devient peu à peu plus habile comme lorsqu’il est plongé dans le noir et qu’il s’étonne de distinguer enfin des volumes. C’est imperceptible mais les deux épingles à linge oubliées sur le fil depuis cet été oscillent légèrement. Elles attendent les draps qui battront…

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    Avis (2)

    Avant c’était l’ANPE. À Ne Plus Employer. Après est venu le tour de Pôle Emploi. Lui aussi vous pouvez l’oublier. Alors vous vous demandez avec un intérêt non dissimulé : quelle nouvelle pancarte les technocrates ont inventée pour faire croire à un changement ? Cette fois-ci, il a suffi de descendre dans les caves de l’État, d’en choisir une qu’ils se sont empressés de dépoussiérer. Ils ont aussi rayé deux mots d’un feutre délébile -bientôt ils passeront un coup d’éponge- et le tour était joué : France Famille Patrie Travail.

  • Instants

    Je me souhaite de chérir sans chercher à le rectifierce qui en toi par les vents violents lancés comme on lance des désa été distorduà en avoir le souffle coupéune dernière foislà est l’espace de notre luttelà est l’espace de notre beauté photo : arbres tempétueux, Varangeville

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    Équation

    Messieurs les législateurs,Permettez-moi de transformer votre injonction en une équation. Ainsi, si le masculin fait le neutre, alors le féminin fait la nature.D’où nous revenons, belles étaient l’île à forme de pied, les falaises, la mer plane au nord ou déchaînée au sud, nos chaussures de randonnées rougies par le cami de cavalls, notre joie d’être là. Et surtout belles étaient les colchiques poussant dans la faille du roc : elles ne savaient pas que c’était impossible, alors elles l’ont fait.Ne vous en déplaise, tout cela était vraiment belle.

  • Instants,  La classe !

    Matin intérieur

    Ce matin comme tous les matins, j’arrive chez Suzon tôt. Je dépose mon vélo dans le garage, récupère dans mes sacoches, mon sac de cours et ma gamelle et y enfourne mon pantalon et blouson coupe-vent, mes gants et mon bonnet. Une nouvelle journée commence. J’aime ce temps où le collège émerge à peine du silence de la nuit et que la première heure de cours est encore loin. S. vient de rejoindre sa loge. S. est tout à la fois gardienne et âme du collège. Chaque matin, elle commence par appuyer sur un bouton pour lancer le lever de tous les stores, du rez-de-chaussée au 2ème étage, puis elle…

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    Notre vie, c’est maintenant

    « Le droit à une vie respirable, une vie qui vaut la peine, une vie à laquelle tenir, c’est le droit d’attendre beaucoup de la vie (la vie avec, auprès, parmi): l’espoir de fraterniser dans la respiration, l’espoir de détoxiquer nos quotidiens et de respirer enfin avec les autres. Respirer avec, conspirer. »in Respire, Marielle Macé Après une semaine qui m’a essoufflée -les cours, les copies, les préparations de projets-, après une semaine à inspirer et expirer sans m’en rendre compte, j’ai enfin trouvé le temps de finir le petit essai de Marielle Macé, Respire. Au départ, une évidence. L’air que j’inspire a été expiré par d’autres. L’air que j’expire sera inspiré…